samedi 21 mai 2016

Une nouvelle découverte sur l’origine de la vie fait débat | Journal la Sphère | Anthony Konaté

Des chercheurs annoncent la découverte de fossiles d’organismes pluricellulaires, des eucaryotes, datant de 1,56 milliard d’années. Une affirmation, largement débattue, qui repousse de près d’un milliard années l’apparition de la vie complexe sur Terre.
Nous affirmons que notre découverte repousse de près d’un milliard années l’apparition des eucaryotes multicellulaires macroscopiques " , tels sont les mots de Maoyan Zhu, de l’Académie des Sciences de Pékin, et coauteur d’une étude parue ce mardi dans la revue Nature Communications. Une équipe de chercheurs chinois annonce en effet l’exhumation de 167 fossiles d’organismes multicellulaires datés de 1,56 milliard d’années. Selon eux, il s’agirait de cellules complexes eucaryotes, mais les conclusions ne font pas l’unanimité chez les chercheurs.
Les premières formes de vie apparues sur Terre étaient unicellulaires. Datées à environ 3,5 milliards d’années, il s’agissait alors d’êtres vivants constitués d’une seule cellule sans noyau, comme les bactéries. Les premières formes de vie complexes (faits d’une multitude de cellules complexes – les « eucaryotes ») ont quant à elles été datées à 635 millions d’années. Tel était le consensus. Jusqu’à ce que le chercheur Maoyan Zhu et son équipe ne fassent état de cette nouvelle découverte. Ces nouveaux fossiles,  mis au jour à Gaoyuzhuang, en Chine du Nord, " sont de forme linéaire et mesurent jusqu’à 30 centimètres de long pour huit de large". Selon Philip Donoghue, de l’Université de Bristol au Royaume-Uni, il s’agirait ici " des plus anciens eucaryotes multicellulaires" .
Si tel était le cas, cette nouvelle découverte prouverait l’existence d’organismes multicellulaires eucaryotes de plus de 10 cm au moins un milliard d’années avant l’explosion de la vie au Cambrien. De quoi remettre en cause la notion de « boring billion » (le milliard d’année ennuyeux), cette période comprise entre 1,9 milliard et 900 millions d’années et durant laquelle le développement de la vie semble stagner. Période qui prend notamment fin au moment où apparaissent les premières formes de vie eucaryotes qui vont foisonner en une myriade d’êtres vivants aux formes aussi diverses que complexes.
Les auteurs de la publication le reconnaissent : il existe en effet un doute quant à la nature eucaryote ou procaryote des cellules composant ces fossiles. Et pour cause, cet exercice d’identification est particulièrement difficile sur des organismes aussi anciens, dont les fossiles ont subi les outrages du temps tout comme les compressions ou les étirements des strates géologiques dans lesquels ils ont été figés.
Selon Abderrazzak El Albani, la publication ne fournit pas assez de données géologiques ou de coupes en 3D microtomographiques pour étayer de tels propos : " Au vu des données qu’ils fournissent, ce qu’ils ont analysé ressemble pour moi simplement à un bel organisme multicellulaire procaryote " poursuit le chercheur. " D’ailleurs au vu du peu d’oxygène présent dans les océans à cette époque du « boring billion ", on voit mal comment des organismes multicellulaires eukaryotes auraient pu se développer" .