jeudi 12 mai 2016

Une journaliste se souvient de nombreux moments de sexisme « d’une banalité navrante »

Le droit pénal stipule que tout contact physique avec violence, contrainte, menace ou surprise peut être qualifié d’agression sexuelle, passible de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

Lundi 9 mai, des témoignages d’agressions et de harcèlement sexuel de la part de Denis Baupin, cadre historique d’EELV, député de Paris et vice-président de l’Assemblée nationale, étaient rendus publics. Depuis, l’onde de choc de ces révélations a provoqué la démission de l’intéressé de la vice-présidence au palais Bourbon, mais aussi l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris et la réaction de nombreux hommes et femmes politiques, elles-mêmes parfois victimes de tels comportements.


Axelle Labbé, journaliste à France Bleu Béarn, a apporté son propre témoignage dans une chronique, le mercredi 11 mai. « Si j’osais »diffusé tous les jours vers 7 h 40, est un billet d’humeur ouvert à tous les journalistes de la rédaction, mais Axelle Labbé en rédige rarement. « J’ai demandé à le faire hier, parce que cette affaire Baupin m’a fait remonter 10 000 souvenirs », explique-t-elle au Monde.


Le résultat tient en une minute trente de gestes et remarques déplacés, petites chroniques du sexisme ordinaire dans le quotidien d’une journaliste avec qui « les hommes se prennent pour George Clooney parce qu’ils ont une once de pouvoir ».
Il y a ce commissaire de police qui la fait entrer dans son bureau « parce qu’avec votre joli sourire, on ne peut rien vous refuser », ou cet élu qui parle d’elle comme d’une « jolie femme » et à qui, scotchée, elle ne trouve rien àrépondreUn récit proche de celui d’Aurore Bergé, élue EELV des Yvelines, à qui l’on disait lundi soir : « Quand je te vois, Aurore, j’ai envie de te faire une Baupin » et qui, sidérée, n’a pas su trouver les mots pour clouer le bec de l’auteur de cette « plaisanterie ».

« Le succès de cette chronique me surprend »


Des hommes comme Denis Baupin donneraient l’impression que seuls les très puissants se permettent cela, mais non. Le récit s’achève sur l’idée que « ça n’arrive pas qu’à Paris ». Le sexisme se retrouve partout où il y a dupouvoir, ou même seulement le sentiment d’en avoir.
Axelle Labbé, qui a sillonné la France pour les rédactions locales et nationales de Radio France, en sait quelque chose :
« C’est pareil partout, n’importe quel élu local, à n’importe quel niveau, peut avoir un comportement inapproprié. »
Un phénomène généralisé, qu’Axelle Labbé a choisi de regrouper en quelques histoires, « mais il y aurait de quoi faire quatre chroniques sur le sujet », précise-t-elle.
Ce billet d’humeur a été largement relayé en ligne, et commenté par les auditeurs de France Bleu. « Ce que je raconte est d’une banalité navrante, explique la journaliste. Le succès de cette chronique me surprend. Mais nous l’avons toutes vécu, et je pense que les femmes se retrouvent là-dedans. » Une amie lui glisse :
« Oui, c’est banal, mais ça fait quand même du bien de l’entendre. »
De l’entendre et de le dire. Car certaines images vous marquent. L’une des anecdotes, particulièrement glaçante, met en scène cette élue d’opposition d’une commune béarnaise qui farfouille par terre, lors d’un conseil municipal :
  • « Eh bien, vous passez sous le bureau ? », demande le maire.
  • « Je cherche mon stylo, Monsieur le maire », répond-t-elle.
  • « Oui, oui, enfin. Votre vie privée ne nous regarde pas », poursuit le maire.
Réaction ? « Toute la salle se marre », raconte la journaliste, témoin de ce moment « surréaliste »« Cette scène au conseil municipal me trottait dans la tête depuis longtemps », confie-t-elle au MondeJe ne l’avais pas racontée au moment où c’est arrivé, et je suis contente de l’avoir fait. »

- Journal la Sphère - Anthony Konaté