samedi 21 mai 2016

Sibérie : quelle est l’origine de la mystérieuse forteresse de Por-Bajin ? | Journal la Sphère | Anthony Konaté

por-bajin.ru
Il existe une forteresse mystérieuse située en Sibérie, proche de la frontière avec la Mongolie. Cette structure ancienne de 1300 ans, découverte il y a un siècle, questionne et fascine toujours autant les archéologues, mais pourquoi ?
« Por-Bajin est considéré comme l’un des monuments archéologiques les plus mystérieux de Russie » peut-on lire sur le site officiel de la Por-Bajin Cultural Foundation.
La forteresse de Por-Bajin est située sur une petite île du lac d’altitude de Tere-Khol, dans l’état fédéral russe de Touva. L’édifice a été découvert et exploré en 1891, puis superficiellement fouillé entre 1957 et 1963. Ce n’est qu’en 2007 que le site a fait l’objet de fouilles plus approfondies.
Les archéologues ont alors découvert des dessins de couleur ternis sur le plâtre des murs, des morceaux de charbon de bois ainsi que des portes géantes. Cependant, ces découvertes n’ont que peu contribué à la compréhension de la présence d’un tel site à cet endroit. Les raisons de la construction de Por-Bajin sont donc très floues.
Selon les experts, Por-Bajin a probablement été édifié entre 770 et 790 après J.C, pendant l’empire nomade Khaganat ouïghour (744-840 après J.C) qui s’étendait sur près de trois millions de kilomètres carrés. Le site était isolé, très éloigné des grandes cités et même des routes commerciales. Encore aujourd’hui, Por Bajin se trouve perché à 2300 mètres d’altitude, entre les monts Sayan et Altaï et à 8 km d’un village nommé Kungurtug. La première ville digne de ce nom n’est autre que la capitale de la république de Touva, Kyzyl, avec environ 115.000 habitants et située à plus de 400km à vol d’oiseau.
Limites de l'empire nomade Khaganat ouïghour (744-840 après J.C)

L’architecture de Por-Bajin n’aide pas à trouver des raisons à l’existence du site, bien qu’une reconstruction en 3D a été effectuée en 2007 par R.A. Vafeev, voir ci-dessous.
Por-Bazhyn_reconstruction_2008_R.A._Vafeev
Par rapport à son âge, la structure qui s’étale sur 3,5 hectares est partiellement très bien conservée. Par exemple, les murs d’enceinte sont parfaitement identifiables et leurs dimensions amènent à penser que Por Bajin était une forteresse : 10 mètres de haut, 12 mètres d’épaisseur, formant un rectangle de 211m x 158m. La porte principale a également été décelée, ouvrant sur deux cours différentes également reliées par une porte.
Une construction centrale plus importante que toutes les autres trônait au milieu du site, tandis que les autres bâtiments, tous de même taille, étaient également encadrées par des murs, ici de petite taille (un mètre de hauteur). La construction principale reposait sur 36 colonnes en bois placées sur une base en pierre, tandis que certains murs étaient peints de traits rouges horizontaux et également recouverts de chaux.
Voici un plan qui avait été publié en 1963 par S.I. Vajnstejn
Selon les archéologues, Por Bajin a été construit selon la tradition architecturale chinoise, une thèse défendue par l’identification des matériaux de construction et les caractéristiques de l’aménagement du site.
« La construction était certainement faite de poutres et poteaux caractéristiques de l’architecture chinoise de la Dynastie Tang. La découverte de fragments de bois brûlés indiquent l’utilisation de la technique chinoise typique d’emboitements de supports en bois, appelée dougong » expliquait Irina Arzhantseva, l’archéologue en chef, dans un rapport (en anglais et en PDF).
Alors que le débat sur les raisons de l’établissement de Por Bajin est toujours d’actualité, la thèse la plus probable amène à penser qu’il s’agissait d’une communauté (ou un ensemble de palais) évoquée par les peintures Tang et connues sous le nom de Paradis Bouddhiste. Cependant, selon des ouvrages locaux, l’empire ouïghour qui amorçait une transition, passant d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire, avait érigé une quinzaine de structures similaires dans la région.
L’absence de systèmes de chauffage rudimentaire laisse croire que le site fût occupé sur une courte période, ou qu’il avait été habité seulement pendant les mois les plus doux d’un climat sibérien peu clément tout au long de l’année. De plus, des tremblements de terre auraient causé des incendies, ainsi que la destruction de la partie nord-ouest et l’effondrement du mur d’enceinte au sud et à l’est, ce qui aurait précipité l’abandon du site au IXe siècle après J.C.
Actuellement, Por Bajin est sur une couche de permafrost et se trouve menacé :
« Cette situation a créé une double menace à long terme pour la survie du site. Le thermokarst (la fonte du pergélisol) semble ébranler la stabilité des structures du site, conduisant à son effondrement et sa désintégration; des fissures dues au gel engendrent une érosion constante des rives de l’ile, à tel point que l’on estime que les parois vont commencer à s’effondrer dans le lac d’ici 80 ans » indiquait Irina Arzhantseva.
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