mardi 24 mai 2016

Pour éviter une épidémie mondiale du Virus Zika, faut-il déplacer les J.O de Rio ?

Zones où le zika est implanté ou surveillé / United States Centers for Disease Control and Prevention


Selon un expert de santé publique canadien, il faudrait déplacer ou retarder les Jeux Olympiques qui se dérouleront en août 2016 à Rio de Janeiro (Brésil). Sa crainte est que l’épidémie devienne vraiment mondiale et que celle-ci finisse par impacter des pays dont le système de santé, insuffisant, ne pourra pas se montrer à la hauteur.
Près de 500.000 personnes sont attendues dans la ville de Rio de Janeiro lors des jeux qui se tiendront du 5 au 21 août 2016. Ces centaines de milliers de visiteurs viendront du monde entier et la question suivante se pose naturellement : Rio peut-elle accueillir cette foule sans risque ? Le Brésil est le territoire le plus touché par le virus Zika, bien que ce fait ait été plutôt masqué par la crise politique frappant actuellement le pays.
Pour répondre à cette question, une déclaration a été dernièrement publiée dans la revue Harvard Public Health. Ce long commentaire est celui d’Amir Attaran, enseignant et spécialiste en santé publique, travaillant pour les facultés de médecine et de droit à l’Université d’Ottawa (Canada). Son conseil pour plus de sécurité est de déplacer géographiquement ou reporter dans le temps cette compétition. L’intéressé craint un« risque de dissémination » du virus Zika à travers le monde.
Rappelons que le virus Zika est apparu au Brésil en 2015, et que depuis, il a été détecté dans près d’une cinquantaine de pays. Transmis par les moustiques de type Aedes aegypti, le virus Zika occasionne des douleurs et de la fièvre tandis que de nombreuses personnes sont infectées sans présenter de tels symptômes. Cette maladie est également responsable d’anomalies à la naissance, car certains enfants naissent avec un cerveau peu développé et un crâne trop petit (microcéphalie).
En février 2016, le virus Zika a été déclaré « urgence de santé publique de portée internationale » par l’OMSet Amir Attaran indiquait dans les colonnes du Guardian que maintenir les Jeux Olympiques était contraire à l’éthique, compte tenu du risque sanitaire encouru : « Est-ce que c’est ça que les Jeux olympiques représentent ? »
La province de la ville de Rio (état de Rio) a enregistré 26.000 cas de virus Zika depuis son apparition, soit le nombre le plus élevé du Brésil, avec une incidence de 157 pour 100.000, le quatrième taux du pays. Ces chiffres reviennent alors à dire que la ville de Rio se trouve en plein cœur de l’épidémie.
AECOM - Vision du futur Parc Olympique des Jo de Rio 2016
« Nous travaillons avec nos partenaires de Rio sur des mesures pour faire face aux mares d’eau stagnante autour des sites olympiques, où les moustiques se reproduisent, pour minimiser le risque que les visiteurs entrent en contact avec eux » a déclaré le comité olympique, qui préfère ne pas parler de report ou de déplacement des jeux, mais de prévention en matière de multiplication des moustiques.
Par ailleurs, les J.O se dérouleront pendant la saison d’hiver au Brésil, ce qui rend théoriquement moins importante l’activité des moustiques, et donc le nombre de piqures potentielles pouvant inoculer le virus Zika aux personnes. Cependant, Amir Attaran explique que la ville de Rio n’a encore jamais connu d’hiver en présence du virus Zika, et qu’il ne faut pas vraiment prendre en compte cette donnée.
Athlètes et visiteurs se donneront rendez-vous pour ces jeux, et ce, en provenance du monde entier. Selon l’expert, l’organisation de cette compétition pourrait favoriser une diffusion du virus Zika dans des pays qui n’ont pas encore été touchés, par exemple le Nigeria, l’Inde, ou encore l’Indonésie qui, en plus d’être des pays très peuplés, ne disposent pas des mêmes moyens que le Brésil pour combattre une telle épidémie.
Sources : Futura Sciences – Top Santé


Le journal la Sphère est le blogue personnel du journaliste indépendant et chroniqueur Anthony Konaté.