lundi 16 mai 2016

Loi travail : plusieurs opposants interdits de manifester

Manifestation contre la réforme du code du travail, devant l’Assemblée nationale, à Paris, le 12 mai.


Une dizaine de militants du collectif Action Antifasciste (AFA) Paris-Banlieue et du Mouvement interluttes indépendant (MILI) engagés dans les défilés contre la réforme du code du travail se sont vu notifierune interdiction de manifester lors de la prochaine journée d’action, qui aura lieu mardi 17 mai. Selon un document reçu par un de ses membres et que l’AFA Paris-Banlieue a mis en ligne sur son fil Twitter, ce militant est, comme les autres, « interdit de séjour » entre 11 heures et 20 heures dans les quatre arrondissements de Paris concernés par le défilé (6e, 7e, 14e et 15e). L’arrêté ajoute au périmètre, de 18 heures à 7 heures le lendemain, la place de la République et les rues alentour, où se rassemblent depuis la fin de mars les membres du mouvement Nuit debout.


Michel Cadot, le préfet de police de Paris, invoque l’article 5 de la loi sur l’état d’urgence, qui permet « d’interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics ». Selon l’arrêté publié par l’AFA Paris-Banlieue, le préfet estime que« les rassemblements [contre la réforme du code du travail] entraînent régulièrement des débordements » et que le militant cité plus haut « a été remarqué, à de nombreuses reprises, lors de manifestations contre, notamment, les violences policières et le projet de réforme du code du travail ». Il ajoute :
« [Considérant] que des groupes d’individus masqués et portant des casques sont systématiquement à l’origine de ces désordres ; qu’il y a, dès lors, tout lieu de penser que la présence de M. [X] aux rassemblements organisés contre le projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs vise à participer à des actions violentes. »

« On rentrera par la fenêtre »


Le texte ne précise pas si les militants concernés ont été vus commettant des violences. Selon un proche des militants interrogé par Le Monde, aucun de ceux qui ont reçu l’arrêté d’interdiction n’a été interpellé jusqu’ici lors de manifestations contre la réforme du code du travail ou contre les violences policières. M. Cadot évoque également la « prégnance de la menace terroriste ».
La peine encourue en cas de non-respect de l’interdiction n’est pas précisée dans l’arrêté. « Si le préfet Cadot pense nous porter un coup au moral, il vient de faire exactement le contraire. (…) Vous voulez nous faire sortir par la porte ? On rentrera par la fenêtre… », ont réagi les militants de l’AFA Paris Banlieue sur le site du collectif.
Des violences ont émaillé les manifestations depuis le début du mouvement contre la réforme du code du travail, en mars. Jeudi 12 mai, des affrontements entre la police et des casseurs ont eu lieu aux alentours des Invalides, à la fin d’un défilé. Organisateurs et autorités se renvoient la balle quant à la responsabilité des tensions.
Les rassemblements du mouvement Nuit debout, place de la République à Paris, sont également dans le viseur du gouvernement. La préfecture de police a multiplié depuis le début du mois de mai les arrêtés restrictifs les concernant.