lundi 9 mai 2016

« Le Petit Journal » de Canal+ sera « remanié » après le départ de Yann Barthès

Yann Barthès, sur le plateau de l'émission en clair, et son invité l'acteur Sacha Baron Cohen, le 26 février 2015


Dans la foulée, Canal+ a publié un communiqué laconique annonçant que « “Le Petit Journal” reprendra à la rentrée dans une formule rénovée qui sera présentée, ainsi que l’ensemble de la nouvelle grille du groupe Canal+, pendant l’été ». De fait, si la marque appartient à la chaîne, l’émission devra être rebâtie entièrement, ni son animateur-fondateur ni sa société de production Bangumi n’y par­ticipant.
Le présentateur a également réagi lundi matin par un message sur son compte Instagram : « 18 ans à Canal+… Une histoire se termine. Très ému. »

« Cela ne colle pas »


Où iront-ils ? Les spéculations vont déjà bon train. L’animateur va « rejoindre France 2 », affirmait Europe 1 lundi matin. La chaîne assure qu’« il n’y a pas eu de discussion en ce sens »« A ce jour, il ne vient pas chez nous », précise même au Monde le patron de la chaîne, Vincent Meslet. Néanmoins, France Télévisions a décidé de confier à Bangumi une nouvelle émission culturelle hebdomadaire à la rentrée, baptisée « Stupéfiant ». Seule certitude, Yann Barthès ne présentera pas ce magazine.

Le divorce entre Bangumi et Canal+ était-il inévitable ? « Il y a une différence entre les envies de Yann de se développer et les difficultés du Canal+ de Bolloré. Cela ne colle pas », résume un proche du dossier. Une autre source, proche de Vivendi, explique que la séparation se fait presque« d’un commun accord » :
« Yann Barthès est très sollicité à l’extérieur. Il voulait bouger. Au bout de quinze ans, il était arrivé à un succès et à une maturité de son émission sur Canal+. »
Un détail n’a pas échappé aux connaisseurs du groupe : le communiqué de la chaîne « remercie » l’animateur et son équipe pour « les belles années passées ensemble ». Les animateurs et dirigeants limogés depuis l’an dernier par Vincent Bolloré, le président du conseil de surveillance de Vivendi, n’ont pas tous eu droit aux mêmes égards.
Si les échanges entre l’équipe de Yann Barthès et l’industriel sont restés cordiaux, il s’est pourtant créé une incompatibilité, à mesure que le nouveau patron de Vivendi a multiplié les déclarations alarmistes sur l’état de la chaîne, sur le besoin d’économies drastiques et sur le caractère non prioritaire du « clair ». Selon nos informations, M. Bolloré n’a pas demandé de baisse de budget au « Petit Journal », exigeant plutôt une stabilité, mais il a exigé que « Le Supplément » présenté par Ali Baddou, également produit par Bangumi, coûte moins cher.
La direction de Vivendi avait aussi annulé des éditions spéciales du « Supplément » prévues pour le Festival de Cannes, pourtant annoncées par le directeur du groupe Canal+, Maxime Saada, dans Le Parisien. En entrepreneurs avisés, les dirigeants de Bangumi, qui ont construit leur indépendance de production en créant leur propre société, alors que « Le Petit Journal » n’était au départ qu’une séquence du « Grand Journal », ont voulu anticiper les difficultés de Canal+ et être moins liés au destin de la chaîne.
Vincent Bolloré voulait-il arrêter « Le Petit Journal », émission-phare de la chaîne, une des rares attirant un public jeune, hormis celle de Cyril Hanouna sur D8 ? On peut en douter car l’industriel, réputé peu amateur d’esprit de dérision, avait ostensiblement marqué son attachement à l’émission satirique, non sans une pointe d’ironie : à l’assemblée générale de Vivendi, jeudi 21 avril, il avait tenu à faire diffuser un sketch du duo Catherine et Liliane, inquiètes de se faire virer quand le standard téléphonique leur annonce un appel de « Vincent Bolloré »… qui s’avère au final être une méprise.

« Le clair n’est pas le cœur du problème »


Yann Barthès et Bangumi partis, que restera-t-il du « clair » de Canal+ ? On ne le saura pas avant l’été, mais il est confirmé qu’il ne sera pas supprimé. Toutefois, l’épisode confirme que cette tranche d’émissions gratuites n’est pas la priorité du groupe. L’émission était la plus regardée du « clair », avec 1,1 à 1,4 million de téléspectateurs en moyenne. Mais elle a tout même perdu près de 400 000 téléspectateurs au cours de l’année écoulée, dans un mouvement de recul commun aux émissions gratuites de Canal+. « Le Grand Journal », totalement remanié après la décision de Vincent Bolloré d’arrêter la collaboration avec son producteur KM, obtient de mauvaises audiences. « Les Guignols », eux, sont passés en crypté.
« Le clair n’est pas le cœur du problème de Canal+. C’était une vitrine luxueuse d’une chaîne riche, censée ramener des abonnés indirectement. Aujourd’hui, Canal+ se débat pour sa survie. Celle-ci se joue surtout avec un accord de distribution comme celui noué avec BeIN Sports, autour du football », explique une source proche de Vivendi. La chaîne a les yeux rivés sur l’Autorité de la concurrence, qui doit approuver le deal d’ici fin mai. Pour Canal+, les temps ont clairement changé.