vendredi 13 mai 2016

La mobilisation doit dépasser le pavé parisien

Des manifestants réunis à Nuit Debout, Place de la République à Paris, le 20 avril 2016

Sept semaines et toujours debout. La Nuit n’en finit plus de durer et a même tenté, le 15 mai, de dépasser les frontières nationales pour faire émerger un mouvement global. On recense déjà des occupations de places dans une vingtaine de pays. L’occasion de tenter un bilan – nécessairement provisoire – des acquis et des limites de l’expérience en cours.
Les sceptiques s’interrogent : que peut un tel mouvement et qu’a-t-il apporté ? Trois éléments sont à mettre au crédit de Nuit debout : l’expérimentation d’une réelle démocratie ; l’activation d’un imaginaire politique alternatif ; la constitution de nouveaux réseaux militants. La première victoire de Nuit debout, c’est sa propre existence. Dans un régime oligarchique où les gens ordinaires sont depuis longtemps exclus des lieux dans lesquels se décide leur avenir, voir des milliers de citoyens reprendre en mains leurs affaires est en soi un immense soulagement. Ce passage de la résignation à l’indignation puis de l’indignation à l’action collective devrait suffire au bonheur de ceux qui se plaignent quotidiennement de l’abstention.
Le second acquis du mouvement est culturel et idéologique. Les consensus les plus solides de notre époque volent en éclats. Après Nuit debout, il ne sera plus possible d’accepter béatement que « démocratie = élections », « Parti socialiste = progrès social », « police = protection des citoyens » et « facilitation des licenciements = baisse du chômage ».

- Journal la Sphère - Anthony Konaté