samedi 14 mai 2016

EUROVISION, La France en flop - Anthony Konaté

Si le pays n’a pas remporté le concours depuis 1977, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Patricia Kaas. En 2009, la chanteuse finit à la 8e place.
Patricia Kaas. En 2009, la chanteuse finit à la 8e place. Photo AFP
Difficile de ne pas moquer un concours dans lequel les chanteurs français semblent avoir souscrit un abonnement illimité à l’échec, et dont l’indéfectible point de repère a pour nom Marie Myriam, dernière gagnante tricolore en 1977. Comme d’habitude, ce samedi soir pour la 61édition de l’Eurovision, on aura droit à un bouquet de rengaines putassières ou d’eurodance ampoulée, sans oublier du côté du jury la solidarité d’usage entre anciens satellites de l’URSS et les petits arrangements scandinaves. La chanson pataude et au titre annonciateur de vannes futures (J’ai cherché) d’Amir Haddad ne devrait pas mettre un terme à trente-huit ans de disette française. Passage en revue de ceux et celles qui avaient tout pour gagner.
Corinne Hermès «Si la vie est cadeau» (1983)
Au cours de la sélection nationale, la Compagnie créole et sa comptine pour kermesse Vive le douanier rousseau se fait damner le pion par le récidiviste Guy Bonnet et son Vivre. Corinne Hermès, déboulant une fois la date des candidatures françaises expirée (il ne s’agit aucunement d’un refus du comité comme on peut le lire partout sur le Net), décide de franchir la frontière luxembourgeoise, pour représenter les couleurs du grand-duché. Succès à tous les étages. Dernière lauréate francophone à ce jour.
Joëlle Ursull «White and Black Blues» (1990)
Après une succession d’échecs cuisants durant la décennie 80, Marie-France Brière, qui vient de prendre les rênes du service divertissements d’Antenne 2, s’active pour que la France décroche à nouveau la timbale. Joëlle Ursull, première artiste noire à défendre les couleurs hexagonales, s’échappe du groupe Zouk Machine (on saluera son éclat de lucidité). Etienne Roda-Gil doit se coller aux paroles. Mais, anéanti par la disparition de son épouse, il jette l’éponge. Gainsbourg, déjà victorieux en 1965 avec Poupée de cire, poupée de son interprétée par France Gall, prend le relais. Texte antiraciste, refrain percussif. Enfin une chanson évitant un saignement d’oreille. Sauf qu’elle s’incline de justesse face àInsieme : 1992, variétoche chimique de Toto Cutugno. Le créateur deMelody Nelson devancé par celui de L’Italiano, c’est du comique audacieux.
Amina«C’est le dernier qui a parlé qui a raison» (1991)
Marie-France Brière est encore au taquet (qu’on la fasse revenir !). Cette femme-là semble avoir la haine de la défaite. Campagne médiatique menée tambour battant pour la chanteuse franco-tunisienne Amina. Même le président Mitterrand, qui la croise aux jardins des Tuileries, officialise son soutien. La chanson arabisante, composée par le Sénégalais Wasis Diop, prend le parti d’une certaine forme d’envoûtementJusqu’à l’ultime vote, Amina est en tête. Sur le fil, la Suédoise Carola revient à sa hauteur. Les voilà ex aequo. Moment de flottement. Le règlement penche en faveur de la candidate scandinave (nombre supérieur de «ten points»). Zitrone fulmine en direct. Brière crie au loup. Et Amina pète un plomb le lendemain en plein JT, transformant les paroles de son morceau par un «c’est le dernier qui a triché dans leur maison».
Patricia Kaas «Et s’il fallait le faire» (2009)
Approche savamment étudiée pour effectuer ce Kaas tant attendu. Une chanteuse de renom, populaire dans nos contrées et adoubée en Russie (pays hôte de cette édition). Cette fois, c’est certain : la France a trouvé le moyen de draguer les nations de l’Est si influentes. Robe asymétrique noire, Patricia Kaas opte pour une chanson à l’intensité crescendo. Sobriété également quant au dispositif scénique puisqu’elle ne s’éloigne de son pied de micro que lors d’un final agrémenté d’une révérence classieuse. A chaque attaque de couplet, une ovation généreuse dans la salle. Voyants au vert ? Mauvaise pioche. La chanteuse finit à la huitième place. Et doit se consoler d’accessits : le prix Marcel-Bezençon (créateur du concours) de la meilleure performance artistique et une audience digne de The Voice.
Amaury Vassili «Sognu» (2011)
La délégation hexagonale s’avance de manière conquérante. Tous les sites de bookmakers donnent Amaury Vassili archifavori. Cinq ans que ceux-ci voient juste, le sacre n’a jamais été aussi proche. Titre pop lyrique grandiloquent, chanté en langue corse par un garçon né dans les Yvelines. On va enfin leur mettre leur tarif à tous ces pays devenus malveillants à notre égard. Vassili, qui a vomi pratiquement dans la foulée de sa prestation, se décompose au fur et à mesure que le décompte s’égrène. Terrible gamelle dans les bas-fonds du classement (quinzième). Au passage, il traitera le jury français de «pauvre con», lui reprochant les 12 points attribués à la Suède. Descente en chute libre toujours en cours.
- Journal la Sphère - Anthony Konaté