«J’ai appris comme vous hier ces accusations de harcèlement», a assuré la ministre du Logement Emmanuelle Cosse ce mardi à propos des agissements de son mari, le député écologiste Denis Baupin, au sujet duquel le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire mardi matin. L’ancienne secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts a affirmé sur France Info n’avoir «jamais été saisie à aucun moment de signalements sur des faits de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle» lorsqu’elle était à la tête du parti écologiste, c’est-à-dire entre décembre 2013 et février 2016.
«On parle de faits qui sont d’une extrême gravité. Et si ces faits sont avérés, il faut que ça soit réglé devant la justice. Et si ces faits ne sont pas avérés, il faut aussi que ce soit réglé devant la justice, a-t-elle déclaré. Je vais vous dire les choses assez simplement : j’ai été très touchée en tant que femme, en tant que compagne, en tant que mère et aussi en tant que ministre», a-t-elle expliqué, rappelant l'«intransigeance» de son combat politique sur la question des violences faites aux femmes.
Yves Contassot, membre d’EE-LV et conseiller de Paris, l’accuse pourtant d’avoir tenté d’étouffer l’affaire lors d’un conseil fédéral d’EE-LV où la question de harcèlements à l’intérieur du parti avait été soulevée par une responsable à la suite du manifeste «Bas les pattes !» publié l’an dernier dans Libération. «La présidente de la commission féministe a dit qu’elle avait eu des témoignages de harcèlements sexuels, et même de viols, de la part d’adhérentes et de militantes», se souvient Yves Contassot. Mais alors que le débat commençait à s’instaurer, Emmanuelle Cosse est intervenue : «Elle est montée à la tribune pour dire : "Maintenant ça suffit, on passe à autre chose, on arrête là cette discussion".»
Mais ce mardi, l’ex-vice-présidente de la région Ile-de-France assure qu’elle avait à ce moment-là «rappelé des choses très simples» : «Un, que toute personne qui a connaissance de faits qui relèvent de la justice doit les transmettre à la justice […], deux, que le bureau exécutif que je présidais a pris immédiatement position». La mise en place d’une adresse mail de signalement et la composition d’un groupe de travail avaient notamment été décidées.
Si pour le député LR Pierre Lellouche, ces affaires ne sont que des«histoires de bonnes femmes» parce qu’il ne commente que«l’international, les choses sérieuses», plus de 500 militant(e)s et élu(e)sdénoncent, dans une tribune publiée ce mardi par Libération, le comportement de certains de leurs collègues.
Aurore Bergé, élue LR de Magny-les-Hameaux (Yvelines), estime aussi que les comportements de certains hommes politiques ne changeront que «si l’on parle». Elle a donc décidé de raconter sur son compte Twitter une scène «(encore trop) ordinaire» survenue pas plus tard que ce lundi lors d’un conseil d’agglomération ou un élu l’accueille avec cette charmante phrase : «Quand je te vois, j’ai envie de te faire une Baupin»avant qu’un autre n’enchaîne: «quand on voit Aurore, on a le bâton de Berger». Mais évidemment, «quand on est français […], il faut rire de ces choses-là», alors que cela arrive à une femme «tu ne sais pas comment réagir. Tu es sidérée. Bloquée. Tu ne ris pas.» Et, quand on est une femme politique, il faut se montrer encore plus forte au risque d’entendre : « Tu n’es décidément pas fait pour la politique. Et puis c’est drôle non ?» Et alors “instinctivement, tu te caches, tu te couvres comme si c’était toi la coupable», se désole-t-elle. 
«C’est dur de libérer la parole, estime Clémentine Autain, porte-parole du mouvement «Ensemble !». En politique on a besoin d’être forte et pas d’être regardées comme des victimes. D’un seul coup la honte change de camp et je suis très heureuse qu’il en soit ainsi».La conseillère régionale Front de Gauche d’Île-de-France a aussi admis avoir été au courant des agissements de Denis Baupin : «Tout le monde savait, je ne tombe pas de ma chaise. Tout le monde se demande pourquoi les femmes n’ont pas parlé avant mais c’est difficile dans un climat politique façonné par le monde viril, issu d’une tradition guerrière où le monde politique est une sorte de terrain de chasse dans lequel les femmes essayent de survivre.»
«Maintenant, il faut faire le grand ménage. Il y a un ministre qui doit s’expliquer, présenter des excuses pour le moins», a déclaré Delphine Batho, députée PS et ancienne ministre, au sujet du ministre des Finances Michel Sapin, accusé dans un livre d’avoir eu un geste déplacé envers une journaliste, ce qu'il dément.