samedi 30 avril 2016

Un majordome dans les petits papiers de Jean-Marie Le Pen




Gérald Gérin et Jean-Marie Le Pen forment un vieux couple. Le premier connaît par cœur les anecdotes du second, au point depouvoir finir ses phrases, mais il a la délicatesse d’opiner du chef pour encourager les récits de l’ancien président du Front national, 89 ans. Dimanche 1er-Mai, comme souvent quand il doit marcher, l’aîné va certainement s’appuyer sur l’épaule de son protégé à l’heure de rejoindre la statue de Jeanne d’Arc, place des ­Pyramides, à Paris. Le député européen a donné rendez-vous à ses soutiens pourrendre hommage à la pucelle d’Orléans. Un nouveau défi, peut-être le dernier, lancé à sa fille Marine, qui réunit au même moment les militants du Front national, porte de La Villette.



Depuis qu’il appartient à l’entourage du député européen, la presse qualifie régulièrement Gérald Gérin de « majordome ». Mais cet homme de 41 ans ne supporte pas ce terme, qu’il juge dégradant. Il préfère celui d’« assistant personnel »« C’est mon assistant parlementaire au Parlement européen, et mon assistant privé », précise Jean-Marie Le Pen. « Gérald n’a jamais fait une valise de sa vie », défend de son côté Lorrain de Saint-Affrique, conseiller en communication du patriarche. Quand il a été présenté à l’ancien patron de l’extrême droite, en 1995, il venait tout juste d’achever son service militaire, et son CV affichait un diplôme de l’école hôtelière, ainsi qu’un stage au ­Carlton de Cannes. Voilà, sans doute, qui explique l’emploi du mot « majordome ».

Un magot de 2,2 millions d’euros


Toujours est-il que l’intéressé ne lâche pas d’un soulier son grand homme. Y compris dans la chronique judiciaire. Le nom de Gérald Gérin est réapparu, début avril, à la faveur des révélations sur les « Panama papers » dans Le Monde. Le parquet national financier le soupçonne d’avoir servi de prête-nom à Jean-Marie Le Pen pour dissimuler une partie de sa fortune grâce à la société offshore Balerton Marketing Limited. Le magot de Balerton s’élève à 2,2 millions d’euros, en billets, en titres et en lingots et pièces d’or. Le majordome nie avoir joué les hommes de paille : il a fait savoir que cet argent dormait sur un compte pour « ses vieux jours ». Mais dans leur rapport, les enquêteurs de Tracfin, la cellule antiblanchiment du ministère des finances, disent s’interroger « sur le degré d’autonomie dont dispose M. Gérin pour les multiples opérations financières qu’il réalise ».
Depuis, le camp lepéniste tient à souligner avec force l’« indépendance » de « Gérald », qui habite, hasard ou nécessité, dans une annexe de la maison de Jean-Marie Le Pen, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). L’homme est de plus trésorier des deux micropartis de M. Le Pen, Cotelec et Promelec, destinés à prêter de l’argent aux candidats du Front national. « L’expérience porte à prouver qu’il mérite ma confiance. Il a toujours été d’une fidélité irréprochable, il fait presque partie de la famille », assure à son propos Jean-Marie Le Pen. « Têtu comme une vieille chèvre grecque », comme on dit dans le clan, Gérald Gérin refuse de parler de lui aux journalistes. Le reste du temps, il sait pourtant se montrer volubile.


Chauffeur de stars


Le conseiller régional PACA a pris sa carte du FN en 1990, dans sa ville natale de Berre-l’Etang (Bouches-du-Rhône). C’est Catherine Mégret, maire de Vitrolles, qui l’a introduit auprès de Jean-Marie Le Pen. Un ­bienfait ne restant jamais impuni, il s’est présenté aux élections ­législatives de 2007 contre son époux Bruno Mégret, entre-temps devenu traître à la cause… Avant cela, Gérald Gérin avait été chauffeur de stars à mi-temps sur la Côte d’Azur : Michael Jackson, George Michael, Mylène Farmer et Lionel Richie se sont assis dans sa voiture. Pas son idole, Boy George. Qu’importe, il reste Le Pen. « Gérald se ferait tuer pour lui. Il est perdu quand il n’est pas là », jure un intime de la famille. Ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Pour l’instant, le « Vieux » reste accroché à son épaule.