vendredi 29 avril 2016

Judith Schlanger, philosophe discrète

Judith Schlanger, à Jérusalem, en 2016.
Judith Schlanger, à Jérusalem, en 2016. YAEL ILAN POUR "LE MONDE"

Pour lieu de rendez-vous, Judith Schlanger m’avait indiqué la place de la Sorbonne, à Paris. « Cet endroit, cette place, tout le Quartier latin, c’est mon artère, ma patrie, depuis la rentrée 1953 où j’ai pénétré dans ce bâtiment, sans enthousiasme, après une scolarité médiocre. » A cette époque, aucun vigile à la porte ; chacun entrait ­librement dans la Sorbonne. « Là, je découvre de longs couloirs avec… des murs couverts d’affiches énumérant les cours. Cela m’a paru merveilleux  : tout le savoir m’était offert. Mais, parmi tous ces cours, que choisir ? »
Une jeune femme plantée devant les affiches aux murs de la Sorbonne, saisie de vertige devant les possibles illimités de la connaissance  : cette scène fondatrice sous-tend toute l’œuvre de Judith Schlanger. Car la pensée n’est pas une encyclopédie sagement organisée  : elle s’offre à nous comme une librairie dans laquelle, à peine entrés, nous serions submergés par la masse des livres, écrasés sous le poids de tout ce que nous n’avons pas lu.
« J’ai compris que la philosophie était la perpendiculaire qui permettait de ne renoncer à rien. » A-t-on pourtant assez critiqué la pesanteur de l’enseignement sorbonnard ! En guise de philosophie, on se contentait de faire défiler les grands courants de pensée. Mais que l’on pût ajouter quelque chose de neuf à Platon, Hegel ou Bergson ne venait à l’esprit de personne. En esprit libre, Judith Schlanger n’éprouve aujourd’hui aucune nostalgie à l’égard des figures tutélaires des années 1960 et 1970 (Barthes, Derrida, Foucault…).