mardi 26 avril 2016


Comment Antoine Deltour, le petit gars des Vosges, est devenu l'homme du scandale « LuxLeaks »



La question a commencé à le tarauder à l’âge de dix ans. Dans ces Vosges où le chômage refroidit l’avenir des jeunes, Antoine Deltour voulait être sûr d’être employable. Il ne lui a pas fallu longtemps pour comprendre que la réponse se trouvait à 200 kilomètres au nord de chez lui : Luxembourg, ses temples de la finance et ses secrets bien gardés…
L’apprenti auditeur ne se doutait pas que, vingt ans plus tard, ce projet professionnel lui ferait risquer dix ans de prison pour « vol domestique », « violation du secret professionnel » et surtout « divulgation de secrets d’affaires ». Barbe fine et lunettes classiques, Antoine Deltour est jugé, à Luxembourg à partir de ce mardi, pour avoir révélé le scandale de l’optimisation fiscale connu sous le vocable de « LuxLeaks ». Un traître à la patrie pour les autorités luxembourgeoises. Un lanceur d’alerte aux yeux du reste du monde.

28.000 pages compromettantes découvertes par hasard
La faute à ce fameux premier boulot obtenu en 2008 chez PricewaterhouseCoopers (PwC), l’un des cabinets d’audit les plus prestigieux au monde. Fils d’un enseignant et d’une gynécologue, Antoine Deltour découvre vite que les grandes multinationales, Apple, Ikea ou Pepsi, utilisent les services de ce cabinet pour déroger à des milliards d’impôts.
En 2010, écœuré, il rassemble ses affaires dans un carton et décide d’imprimer des documents de formation avant de démissionner. Mais au détour d’un clic, il tombe sur un dossier contenant toutes les preuves de la fraude. 28.000 pages en tout. Il copie le dossier, rentre chez lui et se tait. Jusqu’à ce qu’il lâche un simple commentaire sur Internet.