jeudi 28 avril 2016

Au procès LuxLeaks, le lanceur d’alerte accusé « d’anticapitalisme »


Antoine Deltour, le 26 avril.
Antoine Deltour, le 26 avril. VINCENT KESSLER / REUTERS


Un « anticapitaliste », le lanceur d’alerte Antoine Deltour ? C’est en tout cas la conviction du commissaire de police luxembourgeois Roger Hayard, qui est venu témoigner mercredi 27 avril au procès de l’ancien auditeur du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC). Celui-ci est accusé d’avoir volé des centaines d’accords fiscaux secrets, la veille de sa démission, en octobre 2010, avant de les transmettre à un journaliste de « Cash Investigation » (France 2), Edouard Perrin. A ses côtés, un autre employé de PwC, Raphaël Halet, qui a agi séparément de M. Deltour, est également accusé de « vol » et de« violation du secret professionnel » et risque, comme lui, dix ans de prison.

Lors de son enquête, le commissaire Hayard a pu avoir accès au matériel informatique d’Antoine Deltour, rapidement identifié par PwC après la diffusion de « Cash Investigation », en mai 2012. Comme aucune trace de transaction financière suspecte n’a été trouvée sur ses comptes, le policier a rapidement cherché un autre motif. Antoine Deltour « était déclaré anticapitaliste », a-t-il lâché, à la barre du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Pour preuve, des propos postés sur Facebook où M. Deltour déclarait « avoir du mal à accepter » que le « commun des mortels » ne puisse pas échapper à l’impôt comme les grosses multinationales.

« Antoine n’est pas un militant politique »

Surtout, M. Deltour était abonné à des newsletters des Verts et « suivait l’actualité du site Mediapart », dont le directeur est un « personnage qui a publié des articles qui condamnent la place financière » luxembourgeoise, a souligné l’enquêteur, déclenchant des rires dans la salle. « Antoine n’est pas un militant politique, a rétorqué la compagne de l’ex-auditeur, appelée à témoigner un peu plus tard. Il est surtout attaché à la défense de la liberté de chacun. On ne peut pas dire qu’il est anticapitaliste. »
Le policier Hayard a ensuite dû défendre son enquête, accusée par la défense d’avoir été menée main dans la main avec le cabinet PwC. Le cabinet s’est ainsi chargé seul de faire des investigations informatiques sur ses serveurs pour identifier MM. Deltour et Halet, et le policier a pris soin de prévenir PwC avant ses perquisitions.
« Cette recherche a été menée de manière neutre et objective », a rétorqué le policier. Pas question non plus de comprendre le silence d’Edouard Perrin, qui s’est toujours abrité derrière le secret des sources pour refuser de collaborer. Pour le commissaire, le journaliste « n’a pas vraiment cherché à protéger ses sources », la publication des documents permettant au contraire « d’identifier les auteurs du vol ». Selon lui, le journaliste a fait prendre des risques à deux personnes uniquement « pour dénoncer des conventions fiscales peut-être douteuses moralement, mais en parfaite harmonie avec les lois du pays ».